Le coronation chicken a été créé spécialement pour le déjeuner officiel organisé après le couronnement de la reine Élisabeth II, le 2 juin 1953, à Londres. Constance Spry, fleuriste, organisatrice de repas et figure de la vie mondaine britannique, et Rosemary Hume, cheffe et cofondatrice de l’école culinaire Le Cordon Bleu London, ont été chargées de concevoir un plat pouvant être servi froid à 350 dignitaires étrangers lors d’un banquet à Westminster. Dans un contexte d’austérité d’après-guerre, où le rationnement venait à peine de prendre fin et où les produits luxueux restaient limités, elles ont imaginé un poulet poché, découpé et enrobé d’une sauce crémeuse légèrement épicée au curry, rehaussée de vin rouge, de purée d’abricot et de crème fouettée. Le plat, baptisé à l’origine « Poulet Reine Elizabeth », devait être à la fois élégant, facile à préparer en grande quantité, stable à température ambiante et capable de refléter une certaine idée de la modernité britannique : une cuisine de réception sophistiquée, mais accessible, intégrant des saveurs issues de l’ancien Empire, notamment le curry, déjà bien intégré dans la cuisine britannique.
Après le banquet de 1953, le coronation chicken s’est rapidement diffusé au-delà des tables officielles, devenant un classique des pique-niques, buffets froids, tea-rooms et lunchs dominicaux, puis un incontournable des fêtes de rue organisées pour les jubilés et les couronnements royaux. Au fil des décennies, la recette s’est simplifiée et adaptée aux usages domestiques et industriels, mais elle reste associée à l’image de 1953 et à l’idée d’une cuisine festive, froide et crémeuse, typiquement britannique, qui évoque à la fois la tradition royale et une certaine nostalgie de l’après-guerre. Aujourd’hui encore, à chaque grand événement monarchique (jubilés d’Élisabeth II, couronnement de Charles III en 2023), le coronation chicken revient sur le devant de la scène…
